La dinde de noël
Par ced le jeudi, décembre 11 2008, 17:59 - Les Belles Histoires - Lien permanent
S’il est un petit domaine que je fais vivre amoureusement depuis dix ans, c’est bien celui de la basse-cour.
Au départ, nous n’avions que quelques poules, mais au fil des ans sont arrivées de nouvelles espèces. Ce furent d’abord deux couples de canards qui s’ajoutèrent aux gallinacés. C’est ensuite que vinrent les pigeons, les pintades, et finalement... les dindes ! Je me demande encore pourquoi, mais jusqu’à maintenant, nous n’avons guère été chanceux avec cette espèce-là ! Le premier couple hébergé, tout juste sorti de l’oeuf, s’est fait rôtir sous la lampe qui était sensée lui tenir chaud... Le couple suivant a régalé le renard du coin, et le troisième a survécu quelque peu, juste le temps qu’il faut pour enchanter les visiteurs des Valentins. Le mâle, tout noir, avec ses excroissances sur la tête et ses caroncules colorées, fut baptisé Charles-Edouard ! Il aimait faire la roue en glougloutant, et se pavanait volontiers devant sa femelle, toute blanche, assez godiche il faut le dire, et, excusez du peu, surnommée Bérangère...
Un vrai succès, ce couple-là, le clou de la basse-cour ! Mais là aussi, l’histoire a tourné court...
Cette année, nous avons acquis un nouveau couple de ces oiseaux extraordinaires, qui semblent venir d’un autre âge ou qui sait, d’une autre planète... Hélas, encore une fois, ça commence mal ! Le mâle ne survit pas, et, cette fois-ci, c’est au froid qu’il succombe...
Je décide alors de bichonner ardemment notre Bérangère et pour la protéger des autres volatiles, je l’abrite dans le pigeonnier. Bérangère s’étoffe et s’épanouit, tout en s’identifiant gravement à ses colocataires ! Non, elle ne roucoule pas encore, mais le sol ne l’attire pas et elle se perche volontiers, chaque jour un peu plus haut, jusqu’à prendre une position dominante dans le pigeonnier ! Elle s’en félicite et glougloute fièrement dès qu’elle nous aperçoit... ce qui, avouons-le, ne nous déplait pas !
Comme il se doit, notre dinde maintenant devenue grassouillette peut enfin quitter le pigeonnier pour rejoindre la jolie basse-cour. Elle s’y intègre rapidement mais se révèle être d’une humeur quelque peu indépendante. Nous remarquons alors que c’est “essentiellement” notre compagnie qu’elle recherche... Peut être parce que nous avons particulièrement pris soin d’elle ? Ou parce qu’elle est seule de sa race sur notre vaste domaine ? Toujours est-il que.... force est de constater ! Ainsi, chaque matin, dès que j’arrive dans l’enclos pour nourrir mon petit monde, elle m’accueille gentiment, saute sur mes pieds et tend la tête vers mon seau avec avidité... Bien sûr, je cède à ses caprices... elle seule aura le privilège de picorer du blé avant toute autre volaille... Bérangère est une si adorable gourmande ! Lorsque nous sommes dehors, elle se tort le cou pour nous apercevoir, et se perche volontiers dans un arbre, sur le toit de la pergola, ou pire encore pour nous offrir quelques glou-glous gentils...
Je vous assure, Bérangère n’est pas une dinde ordinaire. Curieuse, bavarde, sociable, gourmande certes, elle a su en quelques mois, apprivoiser, il faut le dire, et le fermier et la fermière. Si bien que pour Noël, c’est sûr, c’est impensable, il n’y aura pas de dinde au menu... mais qui sait si Bérangère, l’originale, ne va pas souhaiter participer au repas avec nous, une serviette à carreaux autour du cou ??? Alors c’est décidé, pour Noël, y’aura du dindon, pas le dindon de la farce bien sûr, mais un vrai, un beau, un gros dindon, et ne vous y trompez pas, vous qui êtes invités à partager notre repas, car le dindon, à votre avis, c’est pour qui ? un Charles-Edouard ? ... Pour Bérangère bien sûr !
