J’aime beaucoup mes animaux... En ce moment, je me régale avec les chiots de Colchique, j’admire les tout-petits lapereaux qui viennent de naître, et les petits poussins à peine sortis de l’oeuf... Je souffre aussi car mes chattes s’entêtent à mettre au monde de trop nombreux chatons qui n’ont rien à faire aux Valentins !!! En même temps, je suis évidemment débordée, mais toujours ravie d’aller traire mes chèvres, de faire des fromages, de bloquer la circulation quand je sors mon petit troupeau de l’autre côté de la route, d’aller nourrir ma volaille colorée et mon nouveau coq aux pattes plumées, je suis enchantée d’aller rendre visite à mes boucs qui me font des civilités, et je ne passe pas une journée sans brosser mes ânes ni leur donner un peu de pain dur pour entretenir l’amitié.
agneaux.jpg

François lui s’occupe et de ses cochons, et du fourrage, de l’entretien des parcs et du potager. Il me construit une superbe volière, repeint les volets, nourrit ses truites, débroussaille les bordures, ratisse la cour, désherbe les plates-bandes, bref, même s’il s’épuise, il continue de trouver les journées trop courtes !

Et voici que la semaine dernière, alors que François est parti avec son tracteur pour je ne sais quelle besogne, mes voisins me téléphonent pour m’annoncer que “le tondeur” est là, chez eux, et que je peux amener mes deux brebis pour la tonte d’été. Il est vrai que mes deux brebis doivent avoir chaud avec toute la laine qui leur est poussée sur le dos pendant l’hiver, une laine pleine de suint, et de couleur, disons-le, peu engageante. L’an dernier, pour un euro par bête, elles sont revenues de chez nos voisins, rasées de près, blanches comme neige, rénovées, en un clin d’oeil !

Le tondeur est un homme expérimenté, qui sait asseoir la brebis sur son derrière et qui avec une tondeuse électrique et beaucoup de dextérité leur fait peau rase en quelques minutes. Mais voilà, ce matin, François n’est pas là, mes brebis pâturent tranquillement avec mes chèvres de l’autre coté de la route, et sans le tracteur et la benne... impossible de les mener à 800 mètres de là. Je renonce donc à la tonte électrique, et je m’en remets au lendemain.Le jour suivant, le tondeur est parti, mais la laine qui couvre le corps de mes brebis est toujours là ! Guy, fidèle voisin qui ne jette jamais rien me propose “ses forces”...

Je m’étonne ! Il m’explique qu’on nomme ainsi les très gros ciseaux avec lesquels jadis on coupait la laine de moutons. Me voici donc, quelque peu désemparée, l’outil dans les mains, ma bonne volonté pour tout bagage...

La tonte de ma première brebis m’a pris une semaine à raison de 10 minutes le matin et encore 10 le soir... Voici comment cela s’est passé...

Pendant que ma brebis, de retour dans la bergerie, mange du bon foin, tenue au cornadis, je tourne autour d’elle, positionne les ciseaux, comme ci, non comme ça, je change de main, je recommence, bref, je m’essaye ! Ma brebis gesticule un peu, ce qui rend la tâche très malaisée... Je me décide enfin à y aller, et hop, doucement, prudemment, je trouve les gestes et les mots qui apaisent... Aux premiers coups de ciseaux, coup de forces, j’ai dégagé le cou, et ma brebis s’est offert un magnifique collier blanc... Le soir, je lui ai creusé le décolleté... puis, lentement, jour après jour, je l’ai complètement dévêtue, non sans application, sans quelques courbatures et de bonnes distractions pour mes voisins ! Pour la seconde brebis, bien sûr, j’avais un peu la main ! Premier jour, je lui fais le tee-shirt, second jour, je lui taille la culotte, et le troisième jour, je lui ôte le string !!!

Il était temps, le bélier s’impatiente, il emmène toutes ces dames à l’estive, pour la saison d’été, la saison des amours, et sûr, sûr que mes jolies brebis, dans leur belle robe blanche, ont toutes les chances de revenir pleines de promesses passer l’hiver au chaud.

Ah, comme on est bien aux Valentins !!!