Margot s'est fait la malle...
Par pericard le lundi, décembre 1 2008, 12:11 - Les Belles Histoires - Lien permanent
Arrivés à l’automne 1997 dans ce joli coin de Drôme, nous avons soufflé l’année suivante notre première bougie avec émotion et allégresse…
Allégresse parce que notre intégration est en bonne voie (grâce notamment à nos merveilleux voisins), également parce que nous avons la joie d’ouvrir notre premier gîte et d’avancer ainsi dans notre projet d’accueil. Émotion aussi, parce que le rêve devient réalité. Nous sommes à la tête d’un joyeux petit cheptel qui fait de nous de vrais fermiers ! Pour fêter l’événement, après les poules, les lapins, les canards et les chèvres, nous hébergeons une nouvelle pensionnaire, une grosse truie de réforme, qui nous vient d’un élevage voisin, et que nous baptisons gentiment Margot !
Mais outre l’allégresse et l’émotion, il y a aussi des matins pas comme les autres… comme ce matin du mois d’octobre, où nous sommes réveillés à l’aube par un coup de téléphone de notre voisin :
« Allô Nicole ? Tout va bien ? Tu n’as rien perdu ? Regarde bien aux Valentins s’il ne te manque pas quelque chose »
Vite levée, je me précipite dans la cour… où je constate que la porte de la porcherie est grande ouverte…
MARGOT S’EST FAIT LA MALLE !
Depuis une semaine qu’elle a élu domicile chez nous, elle n’a rien mangé, refusant la purée « maison », les mixtures du fermier (mijotées lentement, salées et relevées à point…), ne trouvant de plaisir que dans la boisson (de l’eau, rien que de l’eau, je vous le jure !). Notre expérimenté voisin, venu diagnostiquer une anomalie quelconque, n’a rien trouvé de suspect… sinon que Margot, sans doute en raison du stress intervenu lors de son déménagement (transport en camion, intégration dans une porcherie bien paillée, elle qui ne connaissait que le béton…) nous faisait « ses chaleurs », ce qui généralement contrarie l’appétit. OUF, tout va bien… d’ici quelques jours, elle mangera, c’est sûr ! Et bien non, huit jours plus tard, Margot ne mange toujours pas ! En désespoir de cause, nous lui avons acheté de la farine du commerce, berk, avec conservateur, antibiotiques et autres… et, à notre grande surprise, elle s’est jetée dessus, et a tout englouti avec une satisfaction non dissimulée, des bruitages édifiants… l’appétit lui est brusquement revenu !!! Ce soir-là, nous nous sommes donc couchés, elle et nous, heureux, confiants en l’avenir. Margot a retrouvé l’appétit, chic, chic, chic !
Hélas, ce matin la porcherie est vide, quelle tristesse aux Valentins !
« Mais voyons, l’ami, comment sais-tu que nous avons perdu quelque chose aux Valentins ??? »
Notre voisin nous explique alors qu’il n’a pas dormi de la nuit… Ayant entendu ses chiens aboyer furieusement, il s’est levé et a identifié au sol des traces de sanglier… a estimé que la bête devait peser au moins 100 kilos, … s’est mis aux aguets… a patienté un peu, mais attendu en vain ! Deux heures plus tard, vacarme dans sa cour… aboiements répétés, il se relève, il sort et bizarrement voit la nuit «en rose » ! En effet, c’est la Mère Margot qui se fraye un passage dans sa cour, renverse quelques potiches, piétine quelques plantes, fait son inventaire, et tente de pénétrer dans la bergerie… Notre voisin l’en empêche comme il peut et la dirige tant bien que mal vers un parc électrifié… Au moins, il va pouvoir rentrer au chaud, et dormir un peu… Nenni, Margot pète la clôture et continue son escapade… mais notre ami la perd de vue, se recouche et inquiet, décide de nous avertir aux aurores..
Hé bien, quelle déveine… Margot est elle partie sur la route ? Aurait t-elle provoqué un accident ? Est elle partie dans la vaste campagne ? Mais alors, comment la retrouver ? François avale rapidement son café et sort précipitamment à la recherche de l’animal. A peine dehors, il entend du bruit vers notre chèvrerie… et y découvre Margot, flairant la luzerne et tortillant son gros popotin (hé hé 300 kilos de bonne charcuterie !) avec entrain. Incroyable ! Elle est revenue aux Valentins ! Quelques méfaits ? Même pas, avec son groin, elle a juste ouvert la porte du clapier, mais notre gros lapin n’a pas pas daigné goûter à la liberté. Pensez donc, ici on est trop bichonné ! Lorsque François raccompagne la fugueuse dans sa porcherie, elle se montre extrêmement docile, un exemple de sagesse notre jolie truie, satisfaite sans doute d’avoir vérifié que les animaux sont bien traités ici, et qu’on s’en inquiète lorsqu’ils découchent… Quel culot quand même !
Juste après l’incident, pendant que j’écrivais ces lignes, la Reine Margot ronflait au chaud, et se payait une grasse matinée telle que notre voisin, fatigué de sa nuit, lui, a bien pu en être jaloux !

