Les poules, comme les humains, nul ne l’ignore, ne sont pas éternelles…

Ainsi, lorsqu’elles sont jeunes et pleines de vie, elles sont de bonnes pondeuses qui nous offrent leurs œufs. Au bout d’un an déjà, la ponte diminue, mais nous savons, François et moi, que lorsque nos poules seront bien vieilles, elles pourront accompagner avantageusement quelques légumes d’hiver et rassasier notre petite famille. Ainsi va la vie des poules à la ferme….Voilà pourquoi, tous les deux ans environ, j’acquière un lot de poulettes prêtes à pondre qui va prendre la relève de mes anciennes pondeuses, que je bichonne encore un peu et qui sont, vous l’aurez compris, en sursis.


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Cette année, ayant essentiellement des volailles blanches, j’opte pour un lot de poules rousses. Vite adoptées par l’ensemble des autres volatiles, une seule poulette se voit rejetée et mise à l’écart. Elle se morfond et d’ailleurs ne pond pas… Un matin, je la découvre terrée dans un coin du poulailler, quelques perles de sang sur la tête… Horrifiée, je l’abrite dans une remise et la soigne gentiment. Lorsque je la remets avec ses congénères, le même scénario se produit et la situation ne tarde pas à s’aggraver. Les canards la pourchassent, les oies la pincent à la moindre occasion, et les poules l’attaquent. La pauvrette est à nouveau blessée. Que faire ? Je reprends ma poulette, et la soigne encore, puis au bout de quelques jours, ne sachant qu’en faire, je la mets dans la chèvrerie avec une caisse en bois bien paillée pour la nuit…

Le lendemain, oh surprise, j’ai un bel œuf et une poulette qui paraît en pleine forme ! Désormais chaque matin, lorsque je sors mes chèvres, elle m’accompagne en caquetant, heureuse de picorer l’herbe verte…Lorsqu’en fin de journée, je rentre mes chèvres, elle sait que l’heure est arrivée et regagne son logis trop heureuse d’assister à la traite ! Elle attend gentiment, car Joséphine, tel un petit chaton, boit son lait de chèvre matin et soir dans sa petite écuelle !

Les jours passent et la poulette prend ses marques. Si elle se refuse encore catégoriquement à côtoyer la basse-cour, le reste de la ferme lui convient parfaitement. La solitude ne semble guère lui peser, et, comme c’est décidément une poule « à part », je me décide à lui donner un petit nom, j’ai nommé Joséphine !

Nos deux chiens, qui ne tolèrent pas qu’une poule sorte de l’enclos qui leur est réservé, ont compris que Joséphine avait un statut particulier. Elle n’est jamais pourchassée ni renvoyée dans ses quartiers, elle se promène à son gré et s’enhardit au fil des jours.Elle fréquente assidûment le gîte provençal et chaque semaine se lie d’amitié avec les nouveaux locataires… Les uns nous diront qu’elle aime les miettes de pain, les suivants avoueront qu’elle a terminé la purée, d’autres encore l’inviteront chaque midi à sauter sur la table de jardin pour partager un petit pot (avec une préférence pour Blédina… chut !) en compagnie de Bébé !!!

Depuis, les vacanciers sont partis, mais Tante Antoinette est venue profiter de l’automne et se reposer chez ses neveux préférés… Hum, les bonnes tartelettes de Tante Antoinette… et ce n’est pas Joséphine qui nous contredira !

Voilà, les photos en témoignent, Joséphine est, j’ose le dire, une poule de compagnie….. Et parce qu’elle aime la vie, je l’ai plus d’une fois surprise, s’introduisant dans la basse-cour pour rendre visite à notre Coq, pour ressortir hâtivement, en s’ébrouant, incognito, avec la dignité que vous imaginez…

Encore un animal des Valentins qui ne finira pas dans l’assiette, mais qui a toutes les chances de mourir de vieillesse….

Ah, aux Valentins, comme on est bien !